Menu
Rubriques

Viande bio : la production recule encore, la filière mise sur la contractualisation

La viande bio continue de perdre du terrain en France. C’est le constat dressé le 13 octobre par Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes, en présentant son Observatoire des viandes bio pour l’année 2025. Les abattages reculent pour la quatrième année consécutive, les boucheries artisanales et la vente directe voient leurs ventes baisser nettement, et seule la restauration hors domicile progresse. Pour enrayer la tendance, la filière mise sur un outil peu spectaculaire mais concret : la contractualisation.

Une production en recul pour la quatrième année #

Selon les chiffres de l’observatoire rapportés par Zepros Resto, les abattages de viandes bio sont passés de 29 294 tonnes équivalent carcasse (tec) en 2024 à 27 541 tec en 2025, soit une baisse de 6 %. C’est la quatrième année de suite que le potentiel de production se contracte.

La cause est d’abord structurelle : il y a moins d’animaux et moins de fermes. D’après La France Agricole, le nombre de fermes bovines bio est tombé à 9 943 en 2025, contre 10 688 un an plus tôt. Côté bovins viande, les exploitations bio reculent de 6 % et le cheptel de 5,6 %. Le manque de visibilité sur les débouchés pousse aussi certains éleveurs à revenir au conventionnel, note Zepros Resto.

À lire La technique secrète pour sublimer le tartare d’espadon : découvrez les astuces exclusives des chefs étoilés

Des situations très différentes selon les espèces

Toutes les viandes ne sont pas logées à la même enseigne. Pour le bœuf bio, les volumes ne baissent que de 0,4 % et le chiffre d’affaires progresse même de 4,8 %, un effet des prix plus élevés. Le veau bio, lui, décroche franchement : ses abattages chutent de 27 %, à 1 867 tec, et ses ventes reculent dans tous les circuits. À l’inverse, l’agneau bio fait figure d’exception avec des abattages en hausse de 4,3 %, à 1 636 tec.

Boucheries et vente directe en première ligne #

C’est sans doute le chiffre qui parlera le plus aux amateurs de viande achetée chez l’artisan ou à la ferme. En 2025, les ventes de viande bio ont reculé de 12 % dans les boucheries artisanales. La vente directe, celle qui relie l’éleveur et le consommateur sans intermédiaire, baisse aussi : de 9 % selon La France Agricole, de 8 % selon Zepros Resto, les deux médias s’appuyant sur la même présentation.

La grande distribution, qui pèse 44 % des débouchés de la viande bio, limite la casse avec un recul de 2 %. Les magasins spécialisés sont quasiment stables (−0,4 %). Le seul circuit en croissance est la restauration hors domicile, en hausse de 1,6 %, qui représente désormais 19 % des débouchés.

La restauration collective comme relais

Ce frémissement en restauration s’explique en partie par la loi Egalim, qui impose 20 % de produits bio dans la restauration collective. Philippe Selier, éleveur et président de la commission bio d’Interbev, le résume ainsi dans La France Agricole : « Les viandes ont toutes leur place dans ces 20 % ». Une nuance s’impose toutefois : l’observatoire ne distingue pas les cantines des restaurants commerciaux, si bien que la contribution propre de la restauration collective reste inconnue.

La contractualisation pour redonner de la visibilité #

Face à ce tableau, Interbev ne mise pas sur une campagne de communication, mais sur l’organisation des filières. L’idée est de multiplier les contrats entre éleveurs, abatteurs, transformateurs et distributeurs, avec des volumes et des prix discutés à l’avance, comme le prévoit la loi Egalim. « L’objectif est de développer des filières contractualisées afin de donner de la visibilité aux éleveurs en place », explique Antoine Roinsard, animateur technique de la commission bio de l’interprofession.

Pour Cécile Deveze, animatrice de cette même commission, le potentiel existe encore : « On a un potentiel de production qui reste à soutenir ». L’objectif affiché par la filière à l’horizon 2030 est de retrouver les volumes de production de 2019.

Ce que cela signifie pour le consommateur #

Pour qui tient à manger une viande issue d’élevages bio, ces chiffres ont une conséquence très pratique : l’offre se raréfie, surtout pour le veau. Un éleveur qui quitte le bio ne revient généralement pas avant plusieurs années, car la conversion demande du temps et de l’investissement. Chaque ferme perdue pèse donc durablement sur l’approvisionnement local.

Les circuits qui souffrent le plus, la boucherie artisanale et la vente à la ferme, sont aussi ceux qui garantissent le lien le plus direct avec l’éleveur. Acheter régulièrement chez un producteur ou un boucher qui travaille avec des élevages identifiés reste la manière la plus simple de soutenir ce modèle. Dans des régions d’élevage comme le Jura, où la vente directe fait partie des habitudes, ce geste du quotidien compte davantage que n’importe quel discours.

Reste à savoir si la contractualisation suffira à stabiliser la production dès 2026. Philippe Selier espère au minimum une stabilité, voire une reprise, des ventes en grande distribution. Le prochain observatoire dira si le mouvement s’est enfin inversé.

Partagez votre avis

Dans la même rubrique : Durabilité et Éthique